FC St. Pauli : le guide du Millerntor, à Hambourg
Seize mille places debout à deux pas de la Reeperbahn, et un club qui refuse depuis 2007 de vendre le nom de son stade. C’est aussi le billet le plus difficile d’Allemagne.
Le plus célèbre des petits clubs d’Europe
St. Pauli n’a rien gagné. Pas de titre, pas de coupe, pas de parcours européen digne de ce nom. Le club a passé l’essentiel de son histoire en deuxième division et il y est de nouveau.
C’est aussi, et de loin, le club de cette série dont on a le plus entendu parler à l’étranger — en France en particulier. Il faut comprendre pourquoi avant de partir, car cela détermine tout ce qui concerne le billet.
La réputation s’est bâtie dans les années 1980, quand le stade se trouvait dans un quartier de squats, de dockers et de prostitution, et que le public qui s’y rassemblait a décidé de ce qu’il voulait être. La tête de mort vient des drapeaux des squatteurs du quartier. En 1991, le club a adopté un règlement intérieur interdisant les manifestations racistes et d’extrême droite — tôt, et inhabituel pour l’époque. La politique n’est pas un habillage ajouté après coup : elle est arrivée avant les maillots.
Deux conséquences pour le visiteur. L’ambiance ne ressemble vraiment pas au reste de l’Allemagne. Et la demande est internationale, ce qui fait d’un stade de moins de trente mille places l’un des plus difficiles du pays.
Le stade qui refuse d’être vendu
Presque tous les stades de cette série ont changé de nom commercial au moins une fois. Bochum l’a fait cinq fois.
Pas le Millerntor, et ce n’est pas un hasard. En 2007, le club a exclu de vendre le naming du stade. Cette décision a une histoire : à la fin des années 1980, les supporters se sont organisés contre un projet de remplacer le stade par un « Sport-Dome » commercial, et ils ont gagné. Le stade que vous visitez existe parce que le public a bloqué l’alternative.
Il a tout de même été reconstruit, tribune par tribune, entre 2006 et 2015 — sud, principale, la Gegengerade en face, puis la nord — pour environ 55 millions d’euros, sans interrompre le football. Le résultat est moderne sans être générique, et les virages debout ont survécu au chantier au lieu d’être recouverts de sièges.
Y aller
- Métro : St. Pauli ou Feldstraße, toutes deux à quelques pas. Feldstraße vous dépose à côté du stade.
- À pied : le Millerntor est en plein centre, pas au bord d’un périphérique. Depuis la Reeperbahn, c’est une affaire de minutes.
- Depuis la gare centrale : dix à quinze minutes en U3.
- Billet et transports : comme dans la plupart des stades allemands, le billet de match couvre les transports publics de la journée. Cela n’existe pas en France et cela change toute la logistique.
Billets
Le schéma allemand s’applique — aucun document exigé, une file derrière les abonnés et les membres, vente générale quelques semaines avant — mais St. Pauli en est la version la plus dure de deuxième division et l’une des plus dures du pays.
Moins de trente mille places, un socle d’abonnés qui en absorbe l’essentiel, des dizaines de milliers de membres, et un public dispersé dans toute l’Europe qui construit ses voyages autour de ce calendrier. Ne partez pas à Hambourg en supposant que vous entrerez. Repérez la date de mise en vente, soyez prêt ce jour-là, et prévoyez une solution de repli.
La bonne nouvelle : c’est une saison de deuxième division, donc le calendrier offre plus d’adversaires accessibles qu’en Bundesliga. La mauvaise : tous ceux qui lisent ceci le savent aussi.
Où vont les supporters visiteurs
Les visiteurs reçoivent le quota qu’impose le règlement allemand, dans le secteur visiteurs d’une enceinte compacte où vous serez très près du public local. Les modalités sont fixées match par match : vérifiez pour le vôtre. Les neutres prendront une tribune latérale, et choisiront entre virage debout et place assise avant de réserver — ici la répartition est inhabituellement équilibrée, et cela change la journée.
Le stade
Quatre tribunes collées à la pelouse, pas de piste d’athlétisme, et une culture de virage debout à laquelle la plupart des clubs allemands de cette taille ont discrètement renoncé. La Gegengerade, en face, est celle qu’il faut connaître.
La musique d’entrée est Hells Bells d’AC/DC, et ce n’est pas un détail : c’est un vrai rituel, et la raison pour laquelle beaucoup de gens mettent ce stade sur une liste. Les buts sont accompagnés de Song 2 de Blur.
Un avertissement pratique : le Heiligengeistfeld est aussi un champ de foire. Trois fois par an, la fête foraine Hamburger Dom occupe l’esplanade voisine pendant un mois, ce qui change complètement l’approche, la foule et le bruit. Vérifiez les dates : c’est un bonus ou une gêne selon votre tempérament.
Manger et boire au stade
Cuisine du nord de l’Allemagne : Bratwurst, Currywurst et — on est à Hambourg — Fischbrötchen, un petit pain au poisson mariné ou frit, qui est la bonne commande ici et dans à peu près aucun autre stade de cette série.
La bière est l’Astra, brassée à St. Pauli même, vendue dans le stade et bue dans tout le quartier avec une fidélité qui doit peu au goût. À degré normal, comme partout en Allemagne. Paiement par carte du stade : chargée à l’arrivée, solde récupéré à la sortie. Les gobelets sont consignés (Pfand), remboursés au retour.
Hambourg avant le match
Que voir
Vous êtes au milieu de la meilleure partie d’une très bonne ville, et le stade est à pied depuis presque tout :
- Le Fischmarkt — le dimanche dès cinq heures du matin, au bord de l’Elbe. Poisson, fruits, groupes en direct dans l’ancienne halle aux enchères, et une foule composée à parts égales de lève-tôt et de gens qui ne se sont pas encore couchés. Si votre match tombe un dimanche, voilà la matinée d’avant.
- La Speicherstadt — le quartier d’entrepôts en brique rouge bâti sur pilotis de bois, le plus grand du genre au monde et inscrit à l’UNESCO. À parcourir de nuit, quand il est éclairé.
- L’Elbphilharmonie — la salle de concert construite sur un ancien entrepôt. La Plaza, le niveau belvédère, est ouverte au public avec un billet horaire : pas besoin de concert pour monter.
- Un bac du port — la ligne publique 62 depuis les Landungsbrücken est un service urbain ordinaire qui traverse l’un des plus grands ports d’Europe, et votre titre journalier le couvre. La croisière portuaire la moins chère qui soit.
- La Reeperbahn — juste à côté, et sans hypocrisie sur ce qu’elle est. La balade en vaut la peine ; les salles de concert sont dans les rues adjacentes.
Que manger et boire
- Fischbrötchen — hareng Bismarck, Matjes ou poisson frit dans un petit pain. À manger debout, sur le port, sans trop réfléchir.
- Labskaus — bœuf salé, pomme de terre et betterave écrasés ensemble, servis avec un œuf au plat, un rollmops et des cornichons. L’aspect inquiète ; le goût est nettement meilleur.
- Franzbrötchen — la viennoiserie hambourgeoise à la cannelle, plate et beurrée, du petit-déjeuner, quasiment introuvable ailleurs en Allemagne.
- Astra et Alsterwasser — la bière locale, et le mot local pour un panaché. Demandez un Radler : on vous comprendra, mais on vous situera.
Questions fréquentes
Le derby contre le HSV a-t-il lieu cette saison ?
Pas en championnat. Le HSV est en Bundesliga et St. Pauli non, donc les deux ne se croisent que si la coupe les tire ensemble. Pour cocher les deux stades de Hambourg, il faut deux matchs — ce qui est simple, ils sont à une vingtaine de minutes l’un de l’autre.
Le billet est difficile à quel point, vraiment ?
Difficile. Moins de trente mille places face à une demande venue de toute l’Europe. C’est le seul stade de la série allemande pour lequel il faut bâtir le voyage autour d’un billet confirmé, et non l’inverse.
Debout ou assis ?
Debout, si le choix vous appartient. Plus de la moitié du stade est en virage debout, l’ambiance y vit, c’est moins cher — et c’est une expérience que la Ligue 1 ne propose plus.
Est-ce confortable pour un neutre ?
Oui, et l’accueil réservé aux visiteurs étrangers est remarquable. Porter les couleurs d’un autre club ne pose aucun problème. Porter quoi que ce soit à connotation d’extrême droite, si, et les stadiers le font respecter.
Seize mille places debout, un stade dont le club refuse de vendre le nom, et la Reeperbahn au coin de la rue. Ajoutez le Millerntor à votre liste et associez-le au Volksparkstadion.
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